23 décembre 2007
L'art contemporain en marche !
Révolution culturelle !
De l'art ou du cochon ?
Texte reçu ce jour de mon critique d’art préféré,
auteur de l’éloge mérité de mon œuvre intitulée « République ovale »,
dont il a révélé au public la magnifique substantifique moelle qui avait
présidé à son élaboration.
« Mon cher Gzormix, la dévotion que je vous
porte m’aurait incité à écrire, dans le feu de l’adoration, la critique
dithyrambique que méritent les trois dernières œuvres que vous avez bien voulu
exposer aux yeux ébahis de vos visiteurs. Cependant, je ne peux pas négliger
pour autant (hélas pour des raisons matérielles !) la critique de
créations de certains de nos plus éminents artistes contemporains quand
l’occasion s’en présente. Et c’est le cas aujourd’hui.
En effet, le magazine « ELLE », ce journal
féminin, écrit par des parisiennes pour des parisiennes, publie dans son numéro
de cette semaine un article sur un artiste culte, j’ai nommé Heim Steinbach.
L’article ne m’aurait pas attiré outre mesure s’il
n’avait été accompagné d’une photo de l’artiste plongé entièrement dans son
œuvre. Sublime, il n’y a pas d’autre mot !
La photo, accompagnée de son article, que vous
pouvez admirer ci-dessous, vous fera comprendre mon exaltation, ou alors ce
serait douter de votre entendement.
Dans quel recoin de son esprit un artiste peut-il
trouver une source, aussi profonde que claire, d’imagination
transcendantale !
Nous voici dans une salle aux murs peints en noir. L’artiste a poussé la création picturale dans ses derniers retranchements : le noir absolu, c’est-à-dire l’absence de couleur ! Bien sûr, d’autres artistes ont exposé des toiles (blanches) entièrement vierges. On en a entendu parler dernièrement dans une affaire de destruction d’œuvre d’art. L’admiratrice dune toile de ce genre, poussée par un élan irrésistible, l’ayant souillée d’un baiser iconoclaste, ce qui est un comble ! Mais le blanc est un ensemble de toutes les couleurs, alors que le noir c’est le néant, et il fallait vraiment être divinement génial pour en encadrer son œuvre. Sauf le plafond, peint en blanc pour l’équilibre émotionnel du lieu.
Au plafond de ce cadre de néant, l’artiste a pendu une
vingtaine de jambons crus –l’article, hélas, n’en précise pas le nombre exact,
ce qui tronque énormément la valeur du mien. Je me réserve le droit de corriger
mon texte si les renseignements que je pourrais avoir quant à la quantité
exacte des pièces pendantes devaient avoir une influence sur l’appréciation
exhaustive de l’œuvre.
J’imagine qu’en entrant dans cette salle, vous êtes
déjà accueillis par une odeur forte, mâle, virile même, mais combien familière,
mais dont l’origine vous échappe sur le moment. Puis avançant précautionneusement comme il convient dans un
sanctuaire, vous vous trouvez tout à coup face à face avec… un jambon
fumé ! Ce qui vous permet de reconnaître l’odeur qui vous a surpris à
l’entrée. Certaines femmes croyant avoir détecté l’odeur de leur mari en
entrant pourront peut-être se sentir un court instant légèrement coupables,
mais nous leur pardonnons d’avance. Enfin, continuant jusqu’au milieu de la
salle, centre gravitationnel, néantiel, olfactivel et, pour tout dire,
émotionnel de l’oeuvre, vous êtes enfin saisi d’admiration, plongé dans un
monde irréel, mais combien réaliste, voulu par le créateur. Se trouver soudain
au milieu de jambons odorants, qui n’en
a jamais rêvé ?
Combien d’heures l’artiste a-t-il consacré à choisir
la matière à suspendre, à faire le tri de multitudes de jambons pour
sélectionner ceux dont la forme, la couleur, l’odeur convenaient ? A
définir le nombre de pièces à suspendre ? Trouver la ficelle adéquate ?
Adapter la longueur des dites ficelles ?
Etre artiste c’est éloigner le contemplateur des
contingences triviales de la vie, c’est le plonger dans un univers de rêve,
c’est lui permettre de se réaliser dans une perspective autre. Cet artiste a réuni
toutes ces nécessités intrinsèquement vitales dans cette œuvre charcutière du
meilleur goût. Sans nul doute, elle marquera son époque et nos petits enfants
en parleront encore à leurs enfants.
L’article ne précise, ni le prix de l’œuvre, ni
comment l’acheteur pourra l’emporter. Sera-t-elle vendue en une seule pièce, ou
sera-t-elle débitée en tranches ? Ou bien la mettra-t-on aux
enchères ? Auquel cas la corde du jambon pendu, réputée pour porter
bonheur pourrait atteindre des plafonds !
L’auteur de cette création, ne l’oublions pas, est
un artiste culte aux Etas-Unis, ce qui ne surprendra personne. Je suggère à notre
Ministre de la culture de faire appel à lui pour une prochaine exposition à
Beaubourg, qui a la vocation d’accueillir l’art contemporain.
Espérons en tout cas que le syndicat des charcutiers, très puissant aux States, ne porte pas plainte pour concurrence déloyale, ou pire ne vienne à saboter ce miracle de la création humaine. »







